Diekirch, épilogue amer pour une brasserie

10 01 2010

D’un trait sur un communiqué de presse, Le géant brassicole Anheuser-Busch InBev raye la Brasserie Diekirch de la carte. Diekirch, moins de 200 000  hectolitres de bières par an, ça ne pèse pas lourd parmi les 246,3 millions le du géant mondial de la bière. D’ailleurs, c’est où Diekirch? Qui se soucie de cette brasserie luxembourgeoise où une trentaine de salariés brassent encore « à l’amitié »*. Et pourtant, l’annonce jeudi dernier de la fermeture du site vieux de 139 ans a outré le Grand-Duché. Il faut dire que c’est la deuxième grande entreprise à fort caractère national dont la fermeture est annoncée en moins d’un an.

Juste après avoir reçu le communiqué d’InBev, j’ai eu au téléphone le délégué du personnel de la Brasserie de Luxembourg. Il  était plus qu’amer, il était simplement scandalisé. Il faut savoir qu’au Luxembourg, les relations sociales ont un côté germanique: c’est le consensus qui domine. Quand il y a un problème, on cherche à le résoudre ensemble. Et là, InBev choisi de trancher dans le vif.  « Je ne peux pas réagir maintenant, je dirai des choses grossières », me prévient-il au début de notre discussion.  

Le syndicaliste m’explique ensuite la situation de la brasserie: Diekirch a connu des années difficiles, c’est vrai. Et les rumeurs de fermeture du site existaient même avant la reprise de la Brasserie de Luxembourg par InBev en 2002.  Mais «le 14 décembre, la direction locale de Diekirch nous a promis qu’il n’y aurait pas de fermeture du site», raconte-t-il.  Les salariés ont plusieurs fois accepté des restructurations de l’entreprise pour qu’elle continue à produire. Et ils étaient d’autant plus rassuré que Diekirch-Mousel a fait un bénéfice de 5 millions d’euros en 2008. «Ils disent que la consommation de bière baissent. Mais ce n’est pas vrai pour nous», s’insurge le délégué qui refuse les arguments d’ordre économiques mis en avant par InBev pour fermer le site. 

L’homme est d’autant plus amer qu’il a l’impression de vivre deux fois la même situation: «trois jours avant la fermeture de la brasserie Mousel, on nous avait assuré qu’elle ne fermerait pas». La production de la bière Mousel avait alors été transférée à Diekirch. «C’est la logique d’un groupe international: ils achètent de petite brasserie et dès qu’ils en ont la possibilité, il ferment. C’est vraiment lamentable comme comportement. Vous savez,  beaucoup de salariés travaillent depuis longtemps ici et retrouver du travail va être très difficile».

Les salariés sont amers, les élus aussi. L’un d’eux se demande même si InBev a le droit de brasser la Diekirch ailleurs qu’à Diekirch. Car le brasseur belge compte toujours produire la Diekirch et la Mousel, les deux bières de la Brasserie de Luxembourg. Mais elles seront brassées en Belgique. Outre les salariés et les élus, les buveurs de bière luxembourgeois ont aussi mal pris l’annonce. La Diekirch est la deuxième bière la plus bue au Luxembourg, après la Bofferding. Et les deux jouent sur l’image « bière luxembourgeoise ».

Des appels au boycott ont donc logiquement été lancés dans les commentaires d’articles en ligne. Mais pas de réactions violentes, comme en Belgique où InBev a annoncé le même jour la suppression  de 10% de ses effectifs. Les Luxembourgeois n’ont pas – ou plus – l’habitude des conflits sociaux.

Reste que le pays ne compte désormais plus que deux brasseries: la Brasserie nationale (Bofferding, Battin) et la brasserie Simon. Alors que le Grand-Duché est traditionnellement un pays de bières, comme ses voisins belges et allemands. Bofferding est la plus grande brasserie du pays. Et la brasserie Simon produit les seules bières luxembourgeoises que je bois régulièrement. Ils ont notamment une bière blanche bio, Okult, qui est pas mal. C’est une brasserie artisanale, familiale, avec une jeune patronne qui a des idées. Mais c’est une petite structure qui n’a pas la force de frappe d’InBev. Okult, je la bois chez moi, jamais dans les bars où elle est rarement proposée.

* c’est le slogan de la bière Diekirch

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One response

11 01 2010
Wendy

Recréer une brasserie Locale avec les aides locales ou des fonds coopératifs.
La baptiser La Luxembourgeoise.
Brasser des bières de caractères (autre chose qu’une blonde qui ressemble à de l’eau et une ambrée) et s’appuyer sur une communication la bière d’ici brassée par des hommes que l’on connait.
Expliquer ce que c’est qu’une triple, une IPA, une doppelbock, une barley wine … et les faire …

Bon courage.

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