La facture Landsbanki pour Enrico Macias: 43 millions d’euros

15 11 2010

La facture est salée, amère même pour Gaston Ghrenassia, alias Enrico Macias. Il a perdu 43 millions d’euros dans la débâcle de Landsbanki, selon un avocat avec qui j’ai discuté aujourd’hui. Rappelez-vous, Landsbanki c’est une de ces banques islandaises qui se sont effondrées comme des château de cartes en octobre 2008, quelques semaines après la faillite de Lehman Brothers.

Et le chanteur français avait investit gros dans un placement particulièrement attractif proposé par Landsbanki en France, via sa filiale luxembourgeoise. Le placement s’est en fait avéré pourri, voire frauduleux (ce que j’avais expliqué ici en mars 2009, quand les investisseurs lésés s’étaient rendus compte de l’escroquerie). Le problème d’Enrico Macias, c’est que les liquidateurs de Landsbanki Luxembourg lui réclament désormais sa fortune.

L’homme de 71 ans a contracté un prêt structuré reposant sur la valeur de sa villa sur la Côte d’Azur. Landsbanki lui a proposé 35 millions d’euros, lui pouvait disposer de 20% et investissait 80% dans un portefeuille géré par Landsbanki. Ces 80% devaient lui rapporter assez pour rembourser l’emprunt de 35 millions. Le problème, c’est que la valeur du portefeuille s’est réduite à peau de chagrin en fin 2008, au moment de la faillite de la banque. Le portefeuille a donc disparu mais la dette contractée pour l’investissement de départ, elle, est toujours là. Et elle a grossit parce que le taux d’intérêt était de 9%, d’après un avocat luxembourgeois qui a suivi l’affaire. Aujourd’hui, la dette atteint les 43 millions d’euros. Et Enrico Macias avait gagé sa fortune en contrepartie du prêt.

Landsbanki Luxembourg est depuis deux ans en faillite et les liquidateurs cherchent à récupérer le plus d’avoirs de la banque possibles pour payer les créanciers (et eux-même au passage). Et la dette d’Enrico Macias fait partie de ces avoirs. Les avocats du chanteurs ont essayé d’empêcher les liquidateurs de réclamer une telle somme, arguant qu’il y a eu fraude de la part de la banque, selon eux et qu’ils ont intenté des poursuites en justice. Ils ont pour cela fait une demande en référé et avaient obtenu gain de cause en première instance. Mais la Cour d’appel de Luxembourg les a débouté le 3 novembre dernier. Les liquidateurs peuvent donc saisir les garanties, c’est-à-dire la fortune du chanteur, sans attendre le jugement sur le fonds. Il peut encore se pourvoir en cassation. Je ne sais pas si c’est son intention, je n’ai pas réussi à avoir son avocat au bout du fil aujourd’hui.

Mais de toute façon, le Gaston Ghrenassia a peu de chance d’inverser la situation. Parce qu’on est dans une affaire qui dépasse son cas particulier et que la justice luxembourgeoise a besoin d’une jurisprudence. On est là au coeur d’un enjeu pour la place financière: la questions de la garantie financière. Dans le cas du chanteur, sa fortune représente cette garantie financière prise par la banque pour accepter de lui faire un prêt d’un genre un peu particulier, un prêt structuré.

Or, le droit des banques sur ces garanties a été renforcé au Luxembourg en 2005. Le Grand-Duché a en fait transposé une directive européenne de 2002 sur le sujet mais la loi n’avait jamais fait l’objet d’un recours en justice avant 2009 et aucune jurisprudence n’avait encore consolidé le cadre réglementaire. Or ce cadre est particulier, le Luxembourg a une vision extrême de la question et a adopté une loi qui donne tous les droits aux banques pour mettre la main sur les garanties en cas de défaillance de l’emprunteur. Les mesures de faillite ne peuvent plus les empêcher d’avoir accès aux biens en gage.

Et oui, le Luxembourg est un paradis fiscal, il adore faire des cadeau aux banques… Bon, en fait c’est un peu plus compliqué que cela (mais pas forcément plus agréable). L’idée du législateur était de créer un terrain favorable pour les financements structurés, comme le Leverage buyout (LBO). Une technique de financement d’acquisition par l’endettement souvent décriée. Et il y a de quoi. Mais c’est un marché porteur, identifié comme tel par le Luxembourg qui a donc élaboré ce cadre favorable Et dans le cas de Landsbanki, ça se retourne contre les investisseurs floué par la banque. La double peine, quoi.

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3 responses

16 11 2010
jps

ENRICO EST SI RICHE QUE CA?
Moi qui es tout ses disques et va a tout ces concerts je l es engraissé. Perdre le fruit de son travail il ne pourra pas s en relever;
je lui souhaite gain de cause et que les voleurs de banques le payent chers;
j;pierre halimi
http://www.unenouvellechance.org

4 05 2011
Harti

wow, super intéressant ce billet ! Et très bien expliqué ! Merci 🙂

20 12 2011
Signeghi

c’est beau le capitalisme lol …pas de cadeaux entre eux

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