Rencontre avec un Titan allemand

1 10 2010

J’attendais cette rencontre avec impatience et curiosité parce qu’on m’avait bien vendu le personnage: « Vous verrez, Contzen est quelqu’un qui n’a pas la langue dans sa poche », m’avait dit il y a plusieurs semaines déjà le chef du service Economie du Tageblatt. Et puis, cet Allemand de presque 62 ans, patron de Deutsche Bank au Luxembourg, est depuis avril dernier le nouveau président de l’ABBL et donc des banquiers de la Place. Ce n’est pas anodin: depuis la création de l’ABBL en 1939, il n’y avait eu jusqu’à présent qu’un seul président non luxembourgeois; le Belge Constant Franssens. Voir arriver un Allemand au moment où les banques allemandes sont en perte de vitesse (même si elles restent de loin les plus nombreuses), ce n’était pas évident. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre qu’il avait toute sa place à la tête des banquiers.

Déjà, ce petit déjeuner économique prévu de longue date ne pouvait pas mieux tomber: la veille, gouvernement et syndicat s’étaient mis d’accord sur une série de mesures, sans faire le point avec le patronat. Une façon de faire inhabituelle au Luxembourg qui a mis en verve Ernst-Wilhelm Contzen. Outre les mesures qu’il a vivement critiquées, le banquier s’en est pris au procédé « inacceptable »: le sacrosaint principe de discussion tripartite était devenu une bipartite. L’Allemand a donc commencé l’entretien sur les chapeaux de roue. Il était quasiment seul (un collaborateur l’accompagnait mais n’étais pas proche de lui à la table) et pourtant c’est lui qui a mené la discussion pendant la première demie-heure face à sept journalistes. Il est clair que Ernst-Wilhelm Contzen n’est pas un client facile et cependant très intéressant.

L’homme a une vraie vision de son métier et de la place financière. Ce qui est très agréable, c’est qu’il assume ses points de vue. On n’est pas face à un communiquant français qui tourne autour du pot pour ne pas dire quelque chose qu’il sait difficile à entendre (ah, la langue de bois…). Là, Contzen dit des choses qui seraient quasi tabou en France, puis argumente. Bon, quand il dit qu’il faut taxer à maximum 25% les hauts salaires et qu’il ne faut pas limiter les rémunérations des banquiers, il ne me convainc pas vraiment. Mais il est cohérent face ce qui est un problème majeur de la Place selon lui: recruter des collaborateurs à très haut potentiels.

Ce qui est sûr, c’est que je n’aimerais pas l’avoir en face de moi pour discuter salaire. Le titan semble très coriace en négociation. Ce qui est un réel atout pour son mandat à l’ABBL. En cinq mois, il a déjà montré qu’il ne comptait pas faire de la figuration. Il est très intéressé par l’Asie, un marché primordial pour le Luxembourg, selon lui. En septembre, il a même pris le président de la Banque centrale du Luxembourg sous le bras pour un voyage en Chine qui s’est soldé par un accord de partenariat entre la BCL et Bank of China. « Avec l’ABBL, je fais de nouveau des semaines de 60 à 70 heures », annonce le banquier qui ne s’en plaint pas.

L’Allemand sait aussi se montrer très luxembourgeois face à son pays d’origine. Le secret bancaire, il y tient et n’apprécie pas qu’on considère ses clients allemands comme des fraudeurs en puissance. Et sa retraite, il compte la passer au Luxembourg, a-t-il affirmé à plusieurs reprises lors de ce petit-déjeuner qui a sans doute autant épuisé les journalistes que l’invité. Pugnace, le titan.

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