Les fonds? Made in Luxembourg bien sûr

26 02 2010

Ca vaut toujours le coup de se lever pour un petit-déjeuner de presse de l’Alfi, l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement. L’objet du jour: les résultats annuels de l’industrie des fonds au Luxembourg. C’était la première fois que j’allais à cette conférence annuelle, les fonds n’étant pas tout à fait « coeur de cible » pour mon journal.

Bien m’en a pris, je commence à comprendre pourquoi le Luxembourg est si bon pour la gestion de fonds.  Ce qui répond – partiellement – aux questions que je m’étais posées la semaine dernière ici. Pour info, le Grand-Duché est la deuxième place au monde pour la gestions des fonds. Et en ce moment, elle profite de la migration de fonds situés dans des territoires douteux, voire sur liste noire, vers des pays plus respectables car surveillés.

D’abord, pour ceux que les résultats annuels des fonds d’investissement au Luxembourg intéresse, le détail ce trouve ici (le titre n’est absolument pas de moi).

Pour revenir à l’attractivité du Luxembourg, Claude Kremer, président de l’Alfi, dit ne pas pouvoir chiffrer le phénomène mais parle de tendance de fonds. « Nous voyons de plus en plus de fonds domiciliés offshore en train de venir dans les pays réglementés », assurer-t-il. « Aujourd’hui, la réglementation est une valeur ajoutée, elle rassure les investisseurs finaux ». Les investisseurs finaux, ce sont ceux qui ont un pécule de côté et qui veulent le placer sur autre chose qu’un livret A. Ces « monsieur tout le monde » ont beaucoup perdu fin 2008 et se sont rendus compte que les performances avaient un risque qu’ils ne sont plus prêts à assumer. Résultat, ils préfèrent des produits avec un minimum de garanties. Comme les fonds européens UCITS par exemple.

Donc les pays surveillés, c’est à dire disposant d’une législation sur les fonds et d’un organe de surveillance (la CSSF pour le Luxembourg), deviennent attractifs pour les gestionnaires de fonds. Mais pourquoi venir au Luxembourg plutôt qu’à Paris et surtout qu’à Dublin?  Parce que le Grand-Duché a est très accueillant, explique Claude Kremer. « Depuis 20 ans, nous avons une législation favorable pour redomicilier les fonds en provenance de l’étranger », rappelle-t-il, « le fonds peut garder sa personnalité juridique ». Preuve que cette législation marche et qu’il y a bien une tendance à la redomicilation en territoire respectable, l’Irlande s’est dotée il y a trois mois d’une législation sur la redomiciliation, précise le président de l’Alfi.

Le Luxembourg n’attire pas seulement les fonds à la recherche de plus de respectabilité, il continue d’être le moteur de l’industrie des fonds. En 2009, 84 milliards d’euros, soit près de la moitié de l’argent frais investi dans des fonds d’investissement européens, l’ont été dans des fonds luxembourgeois. La statistique montre bien la domination du Luxembourg dans ce secteur. D’ailleurs, elle a été répété plusieurs fois lors de la conférence. Histoire que les journalistes en perçoivent la portée sans doute.  Cela montre aussi que le pays ne pâti pas trop de l’affaire Madoff, ce qui était une grosse crainte sur la place financière il y a un an.

La place n’en est pas sortie indemne pour autant, son image a été écornée.Et avec les changements législatifs en vue pour les fonds d’investissement, l’Alfi préfère mettre l’accent sur les défis qui attendent l’industrie des fonds au Luxembourg. Il faut savoir que les fonds luxembourgeois sont très appréciés. Pourquoi? Le cadre législatif et la fiscalité, j’imagine. Je ne saurai pas répondre précisément mais avoir un « passeport » luxembourgeois, c’est gage de qualité. Or, il ne sera bientôt plus obligatoire d’être installé au Luxembourg pour gérer des fonds européens à passeport luxembourgeois. C’est un des changements phare de la directive européenne UCITS 4.

L’Alfi a donc du soucis à se faire mais elle préfère y voir une opportunité en estimant que cela veut dire que des fonds avec un passeport d’un autre pays européen pourront être gérés au Luxembourg. Mouais. Quand on gère 75% des fonds européens estampillés UCITS, on a plus à perdre qu’à gagner. L’Alfi demande en tout cas au gouvernement de clarifier un point qui pourrait faire peur aux gérants de fonds: le risque de double imposition. Un fonds à passeport irlandais géré depuis le Luxembourg ne doit pas être imposé deux fois. Ça parait être dans la philosophie du Luxembourg mais l’Alfi aimerait bien disposer d’un texte officiel à présenter aux gestionnaires inquiets.

Mais si les fonds UCITS devaient ne plus être le moteur de l’industrie luxembourgeoise, la place a quand même une autre carte à jouer avec les SIF, les Specialised Investment Funds. Créés en 2007, ils marchent très bien, leur nombre a toujours cru, même au plus fort de la crise financière. Qu’est-ce qu’un SIF? un fonds moins réglementé que les fonds européen UCITS mais quand même surveillé. Leur structure et leur gestion est plus flexible, la répartition du risque aussi. Mais ils ne s’adressent pas qu’aux investisseurs institutionnels, un client privé « averti » peut y souscrire. Il cible en général un marché de niche (spécialité même du Luxembourg). Ils mériteraient largement que je leur consacre un billet, ce que je ferai peut-être à l’occasion de la conférence de printemps de l’Alfi. Toujours est-il que ces fonds semblent correspondre à l’évolution actuelle des investisseurs finaux: ils sont surveillés, ce qui rassure « monsieur tout le monde », mais ils peuvent être très inventifs. Donc très performant.

Les SIF sont en tout cas une belle illustration de la réactivité du Luxembourg. Le pays voit ce que le cadre européen lui permet de faire et trouve un produit qui reste dans les clous et qui correspond à la demande de investisseurs qui ne veulent pas des contraintes de UCITS. L’Union européenne réfléchit en ce moment à la réglementation des fonds qui ne sont pas homologués UCITS ( hedge funds, private equity, fonds immobiliers). Son but, encadrer tous les fonds, quels qu’ils soient. C’est un peu ce que fait, finalement, le Luxembourg avec les SIF.

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2 03 2010
Yves BINON

Fort instructif.

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