«J’ai engagé 2,5 milliards sans l’avis de la Chambre»

13 11 2009

Frieden-editpressJe ne suis pas vraiment une lève-tôt.  Mais ce jeudi, ça a valu le coup d’aller contre ma nature pour le petit déjeuner économique d’Editpress. L’invité, c’était Luc Frieden, ministre des Finances et dauphin de Jean-Claude Juncker. Au menu, retour sur le sauvetage de l’ex-Fortis, le secret bancaire et l’avenir de la place financière, ainsi que les finances de l’Etat.

Sur les deux derniers thèmes, le descriptif sommaire se trouve ici. Mais c’est en fait ce qui n’a pas donné lieu à un article de ma part qui m’a le plus intéressé: la version de Frieden sur le weekend de fin septembre 2008 où trois gouvernements ont dû sauver le bancassureur Fortis de la catastrophe.

Le sujet n’était pas vraiment de revenir sur les détails des faits du weekend. Pour cela, je ne peux que conseiller le livre de journalistes belges. fortisL’idée est de comprendre la prise de décisions du ministre. «J’ai engagé 2,5 milliards d’euros au nom du Luxembourg sans l’avis de la Chambre», a rappelé Luc Frieden. Le ministre estime qu’il n’avait alors pas la choix mais confiance dans ce qu’il faisait.

Pas le choix parce que Fortis était alors la première banque de détail privée du pays (en termes de dépôts de la clientèle, la BCCE est plus grande mais elle est détenue à 100% par l’Etat). Fortis entrait donc dans la fameuse catégorie “too big to fail”. Il fallait sauver la banque. Et il fallait le faire vite. «Nous devions présenter un plan cohérent avant l’ouverture de la Bourse, c’était vital».

Frieden indique ensuite avoir eu confiance pour deux raisons. D’abord, l’homme, ministre depuis 11 ans (il a 46 ans), a insisté longuement sur son engagement pour l’«intérêt général» (j’avais l’impression d’être retournée sur les bancs de sciences po tellement ses explications coïncidaient avec les discours de mes camarades de l’époque).  Le ministre estime avoir agit  en fonction de l’intérêt général de son pays : «j’ai senti que ce que je faisais était la bonne chose à faire». Luc Frieden a également rappelé son passé d’avocat d’affaires. Une expérience qui lui a permis de savoir quelles conséquences néfastes il voulait éviter dans le cas Fortis.  

Confiance aussi parce que les représentants des autres gouvernements se trouvaient dans le même état d’esprit. Le ministre a vanté le bon travail commun sur le dossier, comme sur le sauvetage de Dexia, une semaine plus tard. Même si «l’objectif de chacun était de défendre son pays». Frieden a au passage fait un rapide portrait élogieux de Christine Lagarde, ministre française de l’Economie.

Krecke, Frieden et Lagarde au moment du sauvetage de DexiaCette nuit de négociations a en tout cas longuement marqué le ministre. Il s’est dit toujours très impressionné par cet événement unique dans sa carrière. Aujourd’hui, il porte un regard satisfait sur les décisions prises: «Nous avons atteint notre but. Nous n’avons pas eu de file d’attente devant les banques».

L’affaire n’est pas encore tout à fait finie. L’Etat luxembourgeois détient toujours plus d’un tiers du capital de la banque après les différents rebondissements du rachat de l’ex Fortis par BNP Paribas. Mais cela ne durera pas. Les discussions sont déjà en cours avec le groupe bancaire français qui détient 66% de l’entité luxembourgeoise. BNP est intéressé par les parts de l’ex-Fortis Luxembourg, devenue BGL BNP Paribas, qu’elle ne possède pas. Mais se pose bien sûr la question du prix et les modalités de retrait de l’Etat du capital. 

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