Agriculteur luxembourgeois en galère

28 07 2009

 

ronny2Contrairement à une légende urbaine très répandue, il n’y a pas que des banquiers au Luxembourg. Il y a des vrais gens aussi, qui galèrent parfois. Et cela semble être le cas chez les agriculteurs du Grand-Duché. Beaucoup participent au mouvement européen contre la hausse des quotas et la baisse du prix du lait. Il ont manifesté pour montrer à quel point leur situation est intenable.

Mouais. Intenable, intenable, les agriculteurs sont les chouchous des subventions européennes. J’étais dubitative. Alors je suis allée chez un des agriculteurs qui ont manifesté au Kirchberg pour voir si le bonheur était dans son pré. Ben pas vraiment…

Ronny a 24 ans, il a repris la ferme de son père l’année dernière dans le joli (si, si) village d’Ell près de la frontière belge. ronny6Il s’est mis en GAEC avec un autre agriculteur d’Ell, histoire de réduire les coûts notamment pour les machines. Ensemble, ils exploitent une ferme de 180 hectares. Leur activité principale, et termes de chiffre d’affaires et d’identification pour Ronny, c’est l’élevage de vaches laitières. Ils en ont 65. Ils aimeraient en avoir plus mais il faudrait qu’ils « achètent des quotas à Bruxelles. Et les prix sont fous », explique l’agriculteur. Donc la ferme a diversifié son activité, déjà à l’époque du père de Ronny. Aujourd’hui, le jeune homme a 50 vaches allaitantes, il engraisse plusieurs boeufs et quelques porc. Côté culture, du maïs et du blé.

Ronny n’est pas à la rue, son exploitation lui permet de vivre. Mais pas plus. « Je viens de me lancer, je voudrais me développer mais je ne peux pas », regrette le Luxembourgeois. « Si j’avais su il y a un an dans quelle situation je serais aujourd’hui, je n’aurais pas repris la ferme de mon père. Pourtant, j’ai toujours voulu être agriculteur », soupire-t-il.

Le problème? Le prix du lait. Les agriculteurs luxembourgeois le vendent 22 centimes d’euro le litre. « Et encore, il y a pire: en Belgique, c’est 19 centimes », souligne Ronny qui demande 42 centimes.

L’homme fait ses comptes: les compléments alimentaires pour ses vachesronny11 lui coûtent 22 euros les 100 kilo et il en passe en moyenne 1 kilo pour 2 litres de lait produit. Cela fait 11 centimes le litre. Ensuite, il faut ajouter le prix du mazout pour les machines, l’entretien des hangars et des terrains. Et puis, Ronny s’est endetté pour se lancer. « J’ai deux soeurs, il fallait bien que je leur donne ce à quoi elles avaient droit pour la ferme des parents. Bref, « à la fin, il ne reste rien pour investir », estime l’agriculteur. Quand il s’est lancé, il envisageait de profiter des aides que l’Etat luxembourgeois octroie au jeunes agriculteurs pour construire de nouvelles installations. « Mais il faut mettre une partie de sa poche et je ne peux pas ».

L’exploitation est plus grande que la moyenne des fermes luxembourgeoises. Officiellement, Ronny et le deuxième agriculteur s’en occupent seuls. « Mes parents me donne un coup de main, sinon ça ne marcherait pas. Mon père à 65 ans, il ne pourra pas toujours être là. Dans cinq ans, si les prix sont les mêmes, je ne pourrais pas tenir », estime l’agriculteur. « Dans cinq ans, la moitié des agriculteurs auront disparus si ça continue comme ça », poursuit-il.

« Les petits agriculteurs vont disparaître mais ce que Bruxelles ne comprends pas, c’est qu’avoir que des grandes fermes ce n’est pas forcément plus efficace. L’agriculteur, il travaille tous les jours, 70 heures par semaine, un ouvrier, c’est 40 heures*. Et l’agriculteur il est plus impliqué, il a une meilleure connaissance de son exploitation et de ses bêtes. Alors le plus efficace c’est de ne pas avoir d’ouvrier », estime le Luxembourgeois qui plaide pour de petites structures dans son pays qui en compte tant.

ronny4Ce qui le désole, c’est que les agriculteurs vivent désormais de revenus autres que l’agriculture. Et c’est vrai qu’au Grand-Duché, on a l’habitude de dire que les agriculteurs sont assis sur un tas d’or: leurs terrains. Ces derniers font l’objet de belles speculations car l’immobilier atteint des prix plus fous que ceux des quotas laitiers. « Mais des terrains, tout le monde n’en a pas à vendre et il n’y en aura pas éternellement. Ce qu’il nous faut c’est une agriculture viable. On a les mêmes revenus qu’il y a 50 ans, mais les frais eu ont augmenté, ce n’est plus possible ».

Les deux ennemis dans le monde de Ronny sont Bruxelles, qui a assoupli les quotas laitiers, et les grandes surfaces. Face à la première, Ronny ne veut pas forcément revenir à l’ancien système des quotas qui était aussi injuste. Il rêve d’une « OPEP » du lait. « Il faudrait que les agriculteurs puissent influencer le prix du lait », estime-t-il sans réellement voir comment ce serait possible.

Face au grandes surfaces, Ronny n’a pas non plus de solution. L’agriculteur ne critique pas les coopératives laitières à qui il vend son lait. « Elles font bien leur boulot mais elles subissent la pression des grands groupes ». Il faudrait alors sortir du circuit classic? Ronny ne l’envisage pas vraiment. La vente directe est trop complexe selon lui: il faut investir dans des machines pour respecter les normes d’hygiène. L’agriculture bio? Ce n’est pas son truc. Il a repris plus que la ferme de son père: il a repris ses pratiques, avec les contrats qui le lie à la coopérative allemande MUH.

ronny3Bref, le jeune agriculteur a le sentiment d’être pris dans un étau et d’aller droit dans le mur. Et c’est sans doute le cas. L’Europe veut réformer sa politique agricole commune, trop gloutonne en subventions. Pour le lait, cela passe par l‘abandon progressif des quotas pour que le prix dépende de l’offre et de la demande. Ce qui se traduit par une hausse progressive de ces quotas, avant leur abandon total.

Résultat, en ce moment il y a trop de lait et le prix baisse. Et dans une bonne logique de marché, les acteurs les plus faibles seront éliminés. On peut estimer que c’est dans l’ordre des choses, que l’agriculture actuelle compte trop d’agriculteurs. J’ajouterais que le salut pour les petites exploitations, c’est la culture bio ou au minimum l’agriculture raisonnée. Mais pour le type de fermes comme celle de Ronny, je n’ai pas l’impression que le système actuel laisse quelque place. Et c’est pour cela que ces agriculteurs manifestent.

 

*au Luxembourg, la durée hebdomadaire de travail est de 40 heures.

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One response

13 10 2009
Anthonin

Merci pour cet article anti-préjugés. Et depuis la France il est agréable de voir les agriculteurs luxembourgeois se joindre au mouvement, cela aide à ne plus voir le Luxembourg comme un pays solidaire

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