« Too big to fail »: persone n’en veut, tout le monde le fait

26 06 2009

oh, le beau chateau de cartes...Le système financier sera encore plus risqué à la sortie de la crise qu’avant. Cela paraît ahurissant, et pourtant, c’est la conséquence des décisions politiques et des réactions des banques, aux Etats-Unis comme en Europe. Ce n’est pas seulement moi qui le dis mais des économistes avec qui j’ai pu bavarder dernièrement.

Le mois dernier j’ai eu l’occasion d’interviewer James Galbraith, fils du fameux John Galbraith, que j’adorais quand j’étais étudiante. Passée la première impression de se retrouver devant un Galbraith (ouah) et l’adaptation à son terrible accent, l’interview m’a permis de mettre en mots les sentiments désagréables mais flous que me laissaient le sauvetage des banques en Occident.

Bon, il faut savoir que Galbraith avait sa petite idée de ce qu’il fallait faire face à la crise financière systémique et qu’il n’a pas trop digéré qu’on préfère les idées de Geithner. Mais je partage son pessimisme sur l’avenir du système. Simplifié, son raisonnement est très clair: les banques fautives auraient dû payer. Mais les États ont aidé les plus grosses (et souvent les plus fautives) parce qu’elles risquaient d’entraîner tout le système financier dans leur chute (le fameux risque systémique). crise fianciereRésultat, les banques cherchent encore plus à être les plus grosses possible parce qu’elles savent qu’elles pourront alors prendre tous les risques qu’elles veulent et qu’elles seront sauvées au final parce qu’elles sont « too big to fail ».

Donc, à la sortie de crise, le système financier sera encore plus risqué qu’avant. Pire, lors de la prochaine crise financière – car il y en aura d’autres – les conséquences seront encore plus dévastatrices car des risques démesurés auront été pris par des mastodontes bancaires encore plus effrayants.

Le discours est sensiblement le même chez Patrick Artus, économiste, directeur de recherche chez Natixis. Bon, je n’ai pas abordé l’interview de la même façon: économiste dans une banque qui a – presque – tout manqué depuis sa création, ça fait pas très crédible sur une carte de visite… Mais Partick Artus est spécialiste de l’économie internationale et des États-Unis. Son propos alarmant n’en a que plus de poids.

euroLui aussi estime qu’on marche sur la tête et qu’on n’aurait pas dû sauver les banques. Certes, cela aurait entraîné une grosse crise systémique. « Mais la crise systémique, nous l’avons eu », répond James Glabraith. Elle aurait sans doute été pire si on avait laissé les principaux acteurs s’écrouler mais tant qu’à avoir une crise, autant qu’elle soit salutaire.

Les deux économistes refusent l’idée qu’il n’y avait pas d’autre solution supportable. Il fallait laisser mourir les banques. Ou si on les sauvait, il fallait les démembrer, disent en cœur l’Américain et le Français. Parce qu’un groupe bancaire, ce n’est qu’un agglomérat d’entités, ça se découpe aussi facilement qu’une dinde (enfin je crois: je n’ai jamais coupé de dinde…).

Voilà donc ce qu’il faudrait faire: mettre en charpie tous les groupes qui ont pris trop de risques mal évalués. Il suffit de faire ce qu’on fait pour toute entreprise qui dépose le bilan: mettre le groupe en  faillite, voir quelles sont les entités qui peuvent encore vivre et liquider les autres. Galbraith estime que le gouvernement pouvait utiliser le chapitre 11, comme pour GM.

D’ailleurs, pas mal d’économistes et de politiques appellent régulièrement à la création d’un système financier avec des groupes plus petits.crise2 Pourtant, c’est le contraire qui se produit. L’administration Obama avait la possibilité d’enclencher le virage salutaire. Au contraire, elle accepte que les banques remboursent le plus rapidement leurs dettes à l’État et se débarrasse ainsi d’une tutelle qui leur font horreur. Les grosses banques américaines resteront grosses. En Europe aussi, on a sauvé les banques et même encouragé les rapprochements. Et la sanctification de ce système, c’est l’instauration de structures pour superviser le risque systémique.

Malheureusement, on est dans une situation classique où tout le monde sait ce qu’il faudrait faire pour atteindre une situation optimale mais chacun sait que s’il agit seul il perdra.

Si Obama avait décidé de mettre en charpie son système bancaire alors qu’en Europe on assiste à une consolidation du secteur (rachat, fusion donc moins de banques mais plus grosses), les petits poucets américains se seraient fait manger tout cru une fois leur santé revenue. Et si les États-Unis et l’Europe s’étaient entendus sur le dépeçage des groupes bancaires? Ce sont les groupes au Moyen-Orient et en Chine qui en seraient renforcés. Si la crise va de toute façon bouleverser les rapports de force économiques mondiaux, ni l’Europe, ni les États-Unis ne vont prendre des mesures qui amplifieront le phénomène.

Donc le système financier sera encore plus risqué à la sortie de la crise qu’avant. Et ce ne sont pas les garde-fous proposés par Obama qui vont empêcher quoi que ce soit: je fais confiance aux spécialistes financiers pour trouver les failles et en faire des marchés de niche très rentables.

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One response

24 07 2009
Cabinet Veterinaire COQUELET

Je l’avais bien dit à mon banquier mais moi on ne me croit jamais parce je suis tout petit…
Menfou il y a un moment pas si éloigné à mon avis où ce sont les tout petits qui vont s’en sortir … On a déja vérifié avec les dinosaures… Les musaraignes sont encore la… elles…
Docteur Coquelet ,Vétérinaire, Océanographe biologiste, Biothérapies et Ostéopathie…

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