La BEI, une banque qui profite de la crise

12 06 2009

EIBQui connaît la BEI? La Banque européenne d’investissement, c’est la bras financier de l’Union européenne. Son but est de financer des projets d’investissement, principalement en Europe. Et depuis le début de la crise, les entrepreneurs, petits mais aussi très grands, se rappellent que la BEI existe: elle au moins continue à leur prêter de l’argent.

D’ailleurs, les membres de l’Union européenne, qui dictent à la BEI sa politique, ont bien compris l’intérêt de la banque publique pour le soutien à l’activité économique. En décembre dernier, ils ont augmenté de 25 % le montant des prêts qu’elle pouvait attribuer en Europe. Passant de 45 à 60 milliards d’euros*. Et cette semaine, ils ont encore augmenté l’enveloppe à 70 milliards d’euros. Mais surtout, ils ont donné une nouvelle mission à la banque: celle-ci va mettre en place un système de garantie des prêts.

Jusqu’à présent, la BEI pouvait financer 50 % d’un projet d’investissement. Que celui-ci soit porté par des collectivités publiques ou par des entreprises. Le prêt peut passer à 75 % pour des projets écologiques. Il restait donc aux porteurs de projets à trouver le financement des 50 % restant. En général, ce n’était pas trop dur: le soutient de la BEI était une garantie souvent suffisante pour les banques. Mais il faut croire que ce n’est plus le cas puisque la BEI se propose désormais de garantir aussi les prêts demandés aux banques commerciales, histoire que celle-ci les suivent sans problème.

Il faut dire que les banques risquent d’être plus regardantes sur les projets financés par la BEI car celle-ci change les critères d’attribution de ses prêts.maystadt Les membres de l’Union européenne ont demandé à la BEI, qui a la réputation d’être très pointilleuse dans l’étude des dossiers, d’être moins regardante sur la santé des entreprises. « le conseil nous a demandé de prêter à des sociétés qui ont une structure financière moins forte si elles ont de bons projets », confirme Phillipe Maystadt, le président de la BEI.

Ce changement est hautement nécessaire aujourd’hui, il permet par exemple à la banque de prêter aux constructeurs automobiles alors que ceux-ci vont mal. Il faut espérer que cet assouplissement de critère sera aussi appliqué aux entreprises moins médiatiques ou aux PME.

Il reste que la crise force cette banque publique à la réputation impeccable à prendre des risques. C’est un vrai tournant pour l’institution qui se gargarise du très faible défaut de paiement sur ses prêts. Ce qui lui vaut d’être noté AAA par les agences de notation, la meilleure note pour les emprunts à long terme. Entre le système de garantie et le prêt à des entreprises touchées par la crise, les défaut de paiement devraient augmenter. Un phénomène que la BEI a pris en compte en provisionnant d’un milliard d’euros supplémentaire la ligne budgétaire réservée aux prêts à risque, « pour respecter les critères des agences de notation », précise Philippe Maystadt.

Il y a un an, quand la BEI s’est offert un nouveau – et très beau – bâtiment au Kirchberg pour fêter ses 50 ans, Maystadt était très heureux d’expliquer comment la banque avait bâti sa crédibilité et était devenu un acteur prépondérant des grands investissements en Europe. Je ne pense pas qu’il imaginait alors que son influence prendrait un tel coup d’accélérateur en quelques mois.

En Europe de l’Est, où officie aussi la Berd,logo_europa la BEI tient à bout de bras les pays malmenés par la crise. Elle a investi environ 1,5 milliard d’euros rien que pour la Lituanie. Elle prête aux Etats les fonds qu’ils ne peuvent plus mettre sur les projets européens**. A l’Ouest aussi, des pays comme l’Espagne, le premier bénéficiaire de ses prêts, demandent à la banque de quoi financer leur plan de relance, quand ils en ont.

S’il y a donc une banque qui a vu son activité exploser avec la crise, c’est la Banque européenne d’investissement. Avis aux amateurs, elle compte d’ailleurs recruter environ 200 personnes cette année pour y faire face…

*Les fonds de la BEI ne proviennent pas du budget de l’Union européenne. La banque se finance sur les marchés. Cette année, elle compte ainsi emprunter 80 milliards d’euros, dont 50 milliards ont déjà été trouvés « à des condition très acceptables », assure son président. Idem pour ses capitaux propres: la banque doit financer elle même toute hausse de capital. En avril elle a augmenté de 67 milliards ses fonds propres, les passant à 232 milliards d’euros.

**De grands projets, dans l’éducation, les infrastructures ou autres, sont financés pour moitié par les fonds européens comme le Feder mais les Etats doivent financer l’autre moitié. Actuellement, certains ne peuvent plus le faire, c’est la BEI qui leur prête les fonds. Pour que des projets, qui ont été lancé il y a parfois plusieurs années, ne soient pas compromis pas la crise.

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2 responses

16 07 2009
Counter Balance

La garantie de triple A vient du fait que les pays membres de l’UE en sont actionnaires, pas le secteur privé, l’Etat donc tous les Européens! Et je vous signale que la BEI n’est pas une banque comme les autres, elle est supposée ne pas faire de profit, c’est dans ses statuts et se vente d’en faire à la grande joie des gouvernants européens qui ne sont pas très regardant de comment elle mène son business interne!
Heureusement, les contre-pouvoirs existent pour rappeler quelles missions lui incombent et à qui elle doit rendre des comptes. Depuis un arrêt de la cour européenne de justice (2008), le mandate externe de la BEI ainsi que sa garantie sont aussi sous la surveillance du parlement européen.
Voici de surcroit une information de taille: la BEI finance des entreprises basées dans des paradis fiscaux…
Certes, au Luxembourg, tout le monde trouve cela normal, mais trouvez bien plus normal qu’ailleurs on s’en offusque et l’on trouve cela carrément scandaleux !
La coalition d’ONG de développement et de défense de l’environnement Counter Balance (www.counterbalance-eib.org) est fière d’annoncer la publication de la première analyse jamais réalisée sur la question des prêts de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) pour des projets de développement à des emprunteurs ayant recours à des paradis fiscaux.
Etude à télécharger en ligne
http://tinyurl.com/kk3xjb

16 07 2009
misala

Je me suis permis de racourcir votre commentaire. J’ai notamment enlevé vos « Monsieur »: vous auriez pu vous intérroger sur la possibilité que ce blog soit tenu par une femme…
Par ailleurs, je précise bien dans ce billet que la BEI est une institution publique, le « bras financier » de l’UE.
Merci en tout cas pour votre lien, je lirai cette étude.

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