Pan! Dans les dents de l’Oncle Sam!

31 03 2009

Juncker contrattaqueNe dites plus Jean-Claude Juncker, Ministre d’État du Luxembourg, dites Super Juncky!

Les Européens osent attaquer le Grand-Duché? Ils menacent de le mettre à l’index, sur une liste noire? Super Juncky retourne la situation et attaque: le méchant, c’est l’Oncle Sam!

C’est caricatural comme présentation mais là, Jean-Claude Juncker a sorti l’artillerie lourde pour défendre le Grand-Duché avant le sommet de G20 de mercredi. Il a rappelé aux Européens si prompts à le critiquer que les États-Unis ont aussi leurs paradis fiscaux. Ce que j’ai déjà en partie expliqué là.

Je ne résiste pas à l’envie de laisser de longues citations de Juncker sur le sujet. voici l’extrait d’une dépêche afp reprenant des phrases du discours de Jean-Claude aujourd’hui devant le Parlement européen:

« Je voudrais que des courageux en Europe, ceux qui ont beaucoup insisté pour que les trois pays membres de l’UE pratiquant le secret bancaire (la Belgique, le Luxembourg et l’Autriche, ndlr) l’abandonnent, fassent preuve du même courage à l’égard des Etats-Unis », a lancé M. Juncker, lors d’une audition devant la commission des Affaires économiques du Parlement européen.

« Le G20 est une entreprise sans crédibilité aucune si sur la liste dite ‘noire’ (des paradis fiscaux), il n’y a pas le Deleware, il n’y a pas le Wyoming, il n’y a pas le Nevada, plus des îles plus éloignées des Etats-Unis que les Etats que je viens de citer. Si liste il doit y avoir, l’Amérique doit trouver sa bonne place », a-t-il ajouté.

M. Juncker est également président de l’Eurogroupe, le forum des ministres des Finances de la zone euro.

« Je n’entends aucun Premier ministre à part moi (…) évoquer ce problème », a-t-il accusé, en demandant que le chef du gouvernement britannique Gordon Brown, hôte du sommet du G20 de Londres, « dise (au président américain Barack) Obama de mettre un terme aux paradis fiscaux qui se trouvent sur le territoire américain ».

Personnellement, je pense comme lui. Mais je me demande ce qui l’a poussé à lancer cette pique aux États-Unis de Barack Obama. goliathParce que, en terme de poids politique, le rapport de force entre le Grand-Duché et les États-Unis, c’est pire qu’entre David et Goliath. Surtout quand l’Oncle Sam est représenté par le très charismatique Barack Obama.  Même si Juncker a pour lui le prestigieux titre de président de l’Eurogroupe, il ne fait pas le poids.

Donc, soit il avait trop arrosé son déjeuner, soit il y avait une ambition nationale dans ce discours. Car le Grand-Duché est en campagne électorale. Les législatives ont lieu en juin (en même temps que les européennes) et Juncker conduit la liste des chrétiens sociaux. Avec la crise, son parti pourrait tanguer, ce qui serait historique. Alors Juncker se pose en protecteur du Grand-Duché. Le secret bancaire, c’est un des fondements du succès de la place financière. Un intérêt national qu’il se doit de défendre donc.

Mais concrètement, que reproche notre Super Juncky aux États-Unis? Une fiscalité très avantageuse pour les entreprises. Dans les États cités par le Luxembourgeois, les sociétés offshores – dont les activités se situent hors de l’État concerné – ne paient quasiment pas d’impôt. La palme revenant au Delaware.

Mais il n’y a pas que ça. Ces États ne sont bien sûr pas soumis à la législation européenne, plus stricte que l’américaine en matière de contrôle des fonds gérés. Les entreprises ont beaucoup plus intérêt à passer par ces États américains pour éviter les impôts français, par exemple.

Si les paradis fiscaux sont jugés indirectement responsables de la crise, c’est parce qu’ils permettent une gestion opaque des entreprises. Dans ce cas là, les États américains sont plus fautifs que le Luxembourg. C’est pour cela que l’attaque de Juncker est bonne.  Il recentre le débat sur les entreprises. Parce que le secret bancaire du Luxembourg, s’il est bien sûr utile aux entreprises, il l’est surtout pour les grandes fortunes, donc les particuliers.

Juncker rapelle que le renforcement de la régulation financière, qui doit être amorcé au G20, ne doit pas se phocaliser sur le secret bancaire qui n’est pas la caractéristique première du paradis fiscal. Une vraie régulation financière doit taper sur les territoires qui pratiquent une fiscalité très faible avec un contrôle inexistant ou complaisant.

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