Un « scoop » sur une escroquerie immobilière

11 03 2009

LLe siège de landsbankiJe suis tombée par hasard en surfant sur la toile sur un vrai « scoop » à creuser, une escroquerie qui mêle le monde des – très – riches propriétaires et des banques d’un pays en banqueroute, l’Islande. Des pratiques frauduleuses, des gens célèbres qui ne veulent pas qu’on parle d’eux… Ça ferait presque un bon policier.

Chez moi, ça a juste renforcé ma vision très négative du monde de la banque.

L’histoire commence avec l’effondrement des banques islandaises. Dans la précipitation, l’Etat islandais doit nationaliser dans la même semaine les trois plus grosses banques du pays (qui n’en compte que quatre…).

Les succursales de ces banques qui étaient actives, voire agressives, dans toute l’Europe, sont placées en faillite, reprises par d’autre banques ou placées en cessation de paiement. C’est cette dernière option qui prévaut  au Luxembourg et les clients se retrouvent avec leurs avoirs bloqués.

Et là, une partie des clients – ils seraient 600 – se rendent compte qu’ils risquent de perdre très gros pour avoir voulu gagner plus (sans travailler plus). Ces 600 clients sont des propriétaires de très belles demeures. Je ne parle pas d’un villa à un million d’euros mais de résidences sur la Méditerranée qui dépassent allègrement les 10 millions. Un vrai capital mais qui dort dans la pierre, c’est bête quand même.

C'est ce genre de biens que possèdent les clients de LandsbankiAlors Landsbanki Luxembourg, filiale à 100% de Landsbanki Islande, leur proposent il y a deux ou trois ans de leur prêter de l’argent hypothéqué sur leurs biens immobiliers. Ce prêt sur 20 ans à hauteur de 90% de la valeur du bien, ils n’en feront pas totalement ce qu’ils veulent. Seuls 20% leur sont remis. Les 80% restant sont placés dans un fonds dont la banque aura un mandat de gestion total.

Pour une maison de 22 millions, ça fait un prêt de 20 millions, dont 4 millions vont au propriétaire qui en fait ce qu’il veut. Ça peut être tentant. Et ils ont été plusieurs centaines à se dire que c’était une bonne affaire. Des habitants de la Côte d’Azur, des côtes espagnoles et italiennes.

Ils pensaient que le placement était sans risque puisque les 80% gérés par la banque devaient rapporter plus que les intérêts du prêt. Mieux, la banque leur propose de jouer sur les devises avec leur dette pour diminuer celle-ci. C’est donc trois fois positif pour les clients! C’est surtout trois occasions de prélever des frais pour la banque…

Personnellement, le placement en tant que tel m’aurait paru louche. Surtout que je fais partie de ces gens qui préfèrent gagner de l’argent en travaillant qu’en faisant travailler de l’argent.

Mais revenons à la situation d’octobre. Ces clients apprennent que leurs avoirs sont bloqués. Les décomptes qu’ils reçoivent sont désastreux: le fond représentant les 80% de leur prêt à fondu plus vite que neige au soleil. C’est normal me direz-vous, tous les placements ont subi les chutes des bourses en 2008. Et bien non, c’est pire. Et c’est là que réside l’escroquerie.

Il faut savoir que les banques islandaises sont jeunes sur le marché européen. Elles ont en plus une réputation de francs-tireur. Les autres banques leur font difficilement confiance.drapeau-islande Et la conséquence, c’est que ces banques – dont Landsbanki – empruntent auprès des autres banques à des taux plus élevés que la moyenne et surtout pour des périodes courtes, genre 12 mois. Début 2008, quand la crise financière fait peur en Europe mais n’est pas encore là, les rumeurs de risque de faillites des banques islandaises se multiplient. Il faut dire qu’avec leur politique d’investissement à tout va, leur solvabilité laisse fort à désirer.

Les autres banques veulent de moins en moins leur prêter, alors qu’elles ont besoins de se refinancer souvent. Ces banquent décident donc deux choses. D’abord, d’aller contracter des emprunts hors Europe – dans des monnaies qui flancheront lors de l’intensification de la crise en septembre. Ensuite, elles décident à partir du mois de mars de s’aider mutuellement. Cette partie-là de l’explication est basée sur les seules affirmations d’un avocat et des relevés de compte d’un client de Landsbanki que j’ai pu voir.

Le problème de ces banques, c’est leur solvabilité: il leur faut plus de fonds propres. Alors pour ce faire, elles décident d’investir de plus en plus les portefeuilles de leurs clients dans leurs propres obligations. Les clients de Landsbanki auraient ainsi acheté régulièrement pour 34% d’obligations Landsbanki et 66% d’obligations Kaupthing, une autre banque islandaise dans la même situation. Ceux de Kaupthing auraient fait l’inverse. Ces achats se seraient intensifiés à l’automne, après la faillite de Lehman Brothers et l’arrivée de la crise financière en Europe.

A ce moment là, les banques islandaises savaient qu’elles faisaient courir un risque démesuré à leurs clients en investissant dans des obligations de banques en péril. Quand elles ont été nationalisées en octobre, les obligations ne valaient plus rien. Les banques n’ont pas géré le portefeuille du client en privilégiant son intérêt mais le leur. Il y a abus de confiance, selon l’avocat d’un des clients.

Aujourd’hui, Landsbanki Luxembourg est en liquidation judiciaire et les liquidateurs ne se préoccupent pas du sort de ces propriétaires. Pire, l’un d’eux a même demandé à au moins un client de renflouer le fonds initialement géré par Landsbanki puisque ce fond garantit le prêt hypothécaire. Les propriétaires se voient donc réclamer de fortes sommes – plusieurs millions d’euros – sous peine de perdre leurs maisons.

Ces propriétaire n’ont souvent pas envie de faire trop de bruit parce qu’il peuvent avoir une notoriété certaine et n’ont pas envie de faire la une des médias. D’autres se disent simplement que l’affaire est trop énorme pour que la banque ose leur saisir leurs biens. C’est pourtant l’option que semble avoir prise les liquidateurs. Je dis « semble » parce que j’aurais été ravie de pouvoir compléter ce billet avec leur point de vue mais ils ne répondent à aucune question… Que ce soit des clients, des avocats ou des journalistes.

Finalement, cette affaire pourrait bien se terminer pour les propriétaires (mais mal pour le retentissement de mon scoop): la Banque de France a indiqué à un des clients que Landsbanki Luxembourg n’avait pas mandat pour proposer des placements financiers en France. Elle pouvait juste proposer des prêts hypothécaires. Ce client va donc porter l’affaire devant la justice française qui pourrait estimer que les agissements de la banque étaient illégaux.

Il n’en reste pas moins qu’il a déjà porté plainte pour abus de confiance contre les quatre anciens administrateurs de Landsbanki Luembourg. L’audience a lieu de 20 avril et je serai ravie de retourner dans un tribunal pour l’occasion. En plus, c’est tellement rare ce genre de procès au Luxembourg, je pourrait dire: j’y étais!

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One response

14 03 2009
merlinbreizh

Très intéressant… Voilà un sujet à creuser (ça fera peut-être les fondations d’une future maison !
🙂

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