De la bêtise irlandaise

2 03 2009

Il y a encore du boulot à faire pour qu'elle ait un bel avenir

Autant j’ai adoré voir les Irlandais de O’Driscoll battre les Anglais ce weekend, autan j’ai détesté cet article paru sur irishtime.com Franchement, c’est tellement énorme que j’espère que c’est du – très mauvais – second degré.

La thèse est aussi simple qu’elle est stupide: pour résoudre la crise, il faut renvoyer les femmes dans leur cuisine.

L’article commence ainsi: « La réponse à tous nos problèmes nous dévisage. Elle est même peut-être en train de vous dévisager littéralement en ce moment, de l’autre côté de la table du petit déjeuner. Alors baissez votre journal et dévisagez-la en vous posant la question: Est-ce que la femme de ma vie a vraiment besoin de travailler? »

Déjà, l’Irish Times imagine n’être lu que par des hommes, en couple (et donc mariés, on est en Irlande). Ensuite, si dans l’article, on remplaçait « femme » par Arabe, Polonais ou Juif, l’auteur serait poursuivi pour racisme.

Son calcul est simple: il y a « environ » 221 301 hommes irlandais au chômage et un peu moins d’un million de femmes irlandaises travaillent. On pourrait se passer d’un certain nombre de femmes pour réduire le chômage. Ça me rappelle bizarrement Le Pen et son amalgame 3 millions de chômeurs, 3 millions d’Arabes…

women-working-2Il s’en suit des arguments tels que laisser les femmes à la maison polluerait moins ou encore les femmes ont déjà le pouvoir à la maison et c’est elles qui s’occupent des cours, d’ailleurs elles adorent le shopping….

Je sais que la religion catholique – qui est un beau bastion de machisme – a un poids prédominant dans la société irlandaise et a une incidence sur les relations homme-femme dans ce pays mais ils ont quand même une femme présidente.

J’ai du mal à croire qu’un tel article ait pu être écrit sérieusement. Mais comme l’article n’est pas ouvert aux commentaires, je n’ai pas pu voir si les Irlandais (es) étaient choqué(e)s.

En tout cas, si elle n’est pas nouvelle, l’idée d’enlever une partie de la population active du marché du travail pour résoudre une crise est plus que fausse. J’imagine qu’elle doit venir du clan conservateur, ces même personnes qui hurleraient si on leur proposait d’adopter les 35 heures à la française. Pourtant le raisonnement est le même: il existe une quantité limitée de travail. Soit on le partage (les 35 heures), soit on retire des catégories de gens du marché du travail (les femmes à la cuisine).

Mais le travail n’est pas un gâteau dont on peut couper un nombre de parts définies. Si on retire les femmes du marché du travail, elles retirent avec elles beaucoup d’activités de la sphère marchande: plus de garde d’enfants puisque les femmes gardent leurs gamins. J’imagine que l’auteur de l’article n’y prête pas beaucoup d’intérêt: ce sont en général des femmes qui travaillent en crèche ou comme assistantes maternelles. Plus de services à la personne non plus: comme elles auront du temps à tuer, les femmes pourront faire le ménage, le repassage, les courses (qu’elles aiment tant, il parait), l’aide aux personnes âgées aussi, tant qu’à faire.

En éliminant une partie de la population active, on détruit une partie -pas la même – des emplois. Mais j’imagine que cet argument ne fait pas mouche auprès des hommes tels que l’auteur de cet article, Eric Zemmour ou même nos sénateurs (une info trouvée ).

Alors allons plus loin. En cwomen-workinge moment, le problème c’est la consommation des entreprises et des ménages. La chute des commandes industrielles atteint des abysses comparables au premier choc pétrolier (1974). Les entreprises sont donc hors jeu et on compte sur la demande des ménages pour maintenir un minimum l’activité hors de l’eau. Comment fera un ménage amputé d’une partie de ses revenus (certes, moins de la moitié puisque les femmes sont en général moins bien payées que les hommes) pour soutenir la consommation? Envie d’une sortie au restaurant? Mais les femmes s’occupent de mijoter de bons petits plats… Envie de partir en vacances? Pas possible puisque les dépenses courantes grèvent tout le budget…

Limiter le travail des femmes c’est limiter les revenus des ménages et donc taper sur la seule chose qui tienne encore debout dans cette crise. Et ça, c’est un argument qui n’a que faire d’une vision sexuée de la société.

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One response

9 03 2009
Jérôme

Et rappelons que le pays d’Europe où les femmes travaillent le moins est l’Italie, en raison de l’influence machiste de Berlusconi sur la société italienne. Selon différentes études sérieuses, et repris récemment par le Courrier international, l’absence des femmes au boulot fait perdre, si je me souviens bien, dans les 14% du PIB national… Vieux con!

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