Salauds de quinquas!

25 02 2009

Eco89 revient sur un phénomène connu depuis au moins une décennie mais qui semble s’être accéléré, le déclassement. Ou, pour reprendre une image à la mode, le « descenseur social ».l'image marketing du cadre quinqua

Etre « déclassé », c’est réussir moins bien professionnellement que ses parents. Et c’est de plus en plus le cas. En 1980, la proportion d’enfants d’ouvriers parmi les cadres était de 25%, elle est tombée à 20% aujourd’hui. Les raisons sont multiples et elles sont diversement mises en avant suivant que ce phénomène est expliqué par eco89, Les Echos ou Le Monde.

Pour ma part, je dirai juste: salauds de quinquas!*

Car encore une fois, ce sont les enfants nés après la Seconde guerre mondiale qui ont bénéficié du changement de structure du marché du travail. Au cours des 30 Glorieuses, les effectifs dans l’agriculture ont fondu plus vite que neige au soleil et ceux des cadres se sont multipliés. Il était donc plus aisé de faire mieux que ses parents.

Aujourd’hui, les enfants des babyboumers sont à 70% titulaires du bac ou plus mais la croissance des postes de cadres n’est pas suffisante pour leur permettre une ascension sociale. Ils se retrouvent donc de plus en plus dans des professions intermédiaires et mettent plus longtemps pour accéder à des postes de responsabilité.

Surtout que les babyboumers, qui sont devenus cadres rapidement sont désormais cadres supérieurs,  n’ont pas forcément envie de laisser leurs places aux jeunes aux dents longues. Les entreprises regorgent de dirigeants de plus de 50 voire 60 ans et les trentenaires n’ont qu’à attendre d’être quadra pour que des postes se libèrent.

Le blocageEt ça se complique quand l’étude citée par Les Echos souligne qu’un salarié qui n’est pas cadre à 40 ans a peu de chance de le devenir par la suite. Une situation qui s’est, là encore, détériorée par rapport aux années 60.

Et quand les quinquas auront enfin laissé leurs places, après avoir cotisé moins longtemps que les trentenaires d’aujourd’hui, il faudra leur payer de longues retraites. Dont le coût s’alourdit puisque ces quinquas n’ont pas cherché à gérer le problème du financement. Un problème connu depuis les années Mitterrand.

Leurs enfants auront donc le choix entre passer à un système par capitalisation – où c’est chacun pour soi et le risque de tout perdre en cas de crise comme celle d’aujourd’hui qui fragilise les fonds de pensions – ou cotiser plus ou plus longtemps pour compenser le surcoût des papyboumers.

Les difficultés de la retraite par répartition seront terminées quand la génération née entre 1945 et 1955 aura majoritairement passé l’arme à gauche, disons dans 30 ans… Quand les trentenaires auront passé leur carrière à cotiser pour eux.

Sinon, pour en revenir aux Echos, un bon journal économique mais certainement tenu par des quinquas, son analyse du déclassement est d’une profonde mauvaise foi. Après avoir cité une série de chiffres montrant que les jeunes générations actuelles dépassent moins souvent la génération de leurs parents, l’éditorialiste explique que l’ascenseur marche toujours.

Pour preuve, « si l’on regarde non plus à la mobilité inter mais infragénérationnelle, les changements de groupe social en cours de carrière sont bien plus nombreux au tournant des années 2000 qu’ils ne l’étaient au début des années 1980 ».

Oser écrire qu’une carrière fractionnée c’est le signe d’une ascension sociale, il ne faut pas manquer de culot. Un diplômé du supérieur au début des années 2000 n’a pas opté pour un poste sous qualifié à la fin de ses études. Il n’a pas eu le choix. Une situation qu’un quinquas ne peut pas comprendre.

Un belle pub pour Polident :)Et je vous laisse apprécier la chute de ce magnifique article: « comme ils ne s’identifient absolument pas à ceux qu’ils considèrent comme des assistés (les chômeurs et les RMIstes), les déclassés d’aujourd’hui resteront réceptifs demain, comme en 2007, à un discours politique de promotion par le travail. »

*J’étends volontiers le concept de « quinquas » aux sexagénaires qui s’accrochent à leurs emplois pour ne pas dépérir à la retraite.

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4 responses

27 02 2009
olympe

petite précision ceux qui sont nés entre 1945 et 1955 ont aujurd’hui entre 54 et 64 ans. le terme quinquas n’est donc pas adapté.
ce sont surtout les premiers qui ont trusté tous les postes et qui , je parle pour les cadres, ne partent plus à la retraite tellement ils se sont identifiés à oeur métier

2 03 2009
misala

@ Olympe:
Comme je le dis à la fin de mon billet, j’étends le concept aux sexagénaires…
Le but de mon billet est de réagir à une génération qui a eu le droit d’être insouciante sur son avenir professionnel et qui n’arrive pas – ou ne veut pas – à se remettre en cause. Ce qui m’a fait bondir c’est l’article des Echos où l’auteur, un quinquas, se débarrasse d’un « mythe » du déclassement en deux phrases parce que c’est un concept qu’il ne peu pas comprendre au sens littéral du terme: il ne peut pas le prendre pour lui, l’appréhender, parce qu’il ne l’a pas vécu.

Sinon, dans mon billet suivant j’ai cherché à mettre en lien un billet que j’ai beaucoup apprécié sur le « Premier Sexe » de Zemmour mais je ne retrouve pas sur Olympe et le plafond de verre…

4 03 2009
Fse

Heu….
suis née en 1953…
D’accord, je ne suis pas cadre et je fais partie de la plus grosse entreprise : pôle enploi, (anpe et assedic) avec projet de création d’entreprise mais je me sens visée par le « salaud de quinqua ».
Si des cadres s’accrochent !!! il y a combien de quinqua et plus qui galèrent ? Combien de quinqua et plus que le monde du travail rejète parce que trop vieux, usés, inutiles… poubelle… maison de retraite… à la rue… DEHORS, OUST
Et plutôt que de cogner sur les cadres quinqua, peut-être leur faire prendre conscience qu’il y a une vie en dehors du travail… et çà, c’est mon boulot de coache…

11 03 2009
misala

Si ce billet choque, tant mieux. Je l’ai écrit en réaction à l’article des Echos que je cite. Allez y faire un tour. Si vous êtes plus choqué par mon billet que par l’article, c’est que vous ne comprenez pas la situation d’un jeune diplômé qui entend avoir l’occasion de faire ses preuves.
Mon but est de montrer que le discours du journaliste est choquant. Et pas seulement pour les déclassés, je n’en fait pas partie.

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