« S’il vous plait, demandez-nous un prêt »

4 02 2009

Jean-Jacques Rommes - directeur de l'ABBLJ’adore Rommes. Je le dis presque sans ironie, ce directeur de l’ABBL, l’incontournable Association des banques et banquiers Luxembourg, est un interlocuteur intéressant. Toujours réactif quand on lui pose des questions, amateur d’interviews, avec en plus un côté pédago. Un bon client quoi.

Son dada depuis quelques temps, c’est de lutter contre l’idée d’un resserrement du crédit au Grand-Duché. Et c’est ce qu’il a fait ce soir, sans trop de succès mais de façon plaisante à regarder, auprès d’agents immobiliers.

Il leur a tenu le même discours qu’il y a un mois à une poignée de journalistes: les banques luxembourgeoises prêtent toujours de l’argent. La preuve, le volume des prêts est toujours en hausse, même en décembre.

Cette fois, il a même rajouté un argument qui m’a beaucoup plus. La raison pour laquelle les banques continuent de prêter malgré la crise financière, c’est que les établissements financiers de la Place sont « structurellement liquides ». Comprendre: ils ont beaucoup de liquidités, de l’argent à placer. Et oui, tout l’argent que les fraudeurs des fisc français, allemand, belge –  et j’en passe -, placent au Luxembourg, il faut bien lui trouver une utilité pour qu’il rapporte un minimum.

a vendreEt là, la petite phrase qui plait: « En ce moment, il est plus facile pour une banque luxembourgeoise de mettre son argent au Luxembourg, dans un immeuble dont elle connaît la valeur, que de le prêter à sa maison-mère et ne pas être sûre de le revoir une fois le weekend passé ». Je me suis dit que c’est le genre de blague qui doit circuler ces derniers temps dans les couloirs des banques d’ici… Sauf chez Dexia et la BGL qui ont fait les frais de weekends désastreux.

Hormis les blagues pour banquiers – qui ont laissé l’auditoire de marbre – Rommes a donc martelé l’idée que les banques voulaient prêter, qu’elles en avaient même besoin pour faire de l’argent avec l’argent. Mais c’est la demande de crédit qui s’est effondrée (-40%, je crois) à cause des mauvaises nouvelles qui font peur aux gens qui ne veulent donc plus faire de projets d’avenir. C’est triste quand même.

C’est en partie vrai et en partie faux. Les agents immobiliers, eux, ont retenu la partie fausse. Qu’une banque veuille prêter à un client fiable pour qu’il achète un bien et rembourse pendant 25 ans, ça leur paraît évident. Là où ils ressentent le resserrement du crédit, c’est quand un promoteur veut lancer un projet. D’après l’un deux, il faudrait maintenant 30% d’acompte pour obtenir un prêt. Là, Rommes a séché. Sous-entendant que le projet en question ne serait pas pertinent, je crois.

Autre frilosité des banques, les prêts relais, ces prêts qui permettent d’acheter une nouvelle maison avant que l’ancienne ne soit vendue. Plusieurs agents immobiliers ont fait remonter ce problème. Rommes a dit qu’il n’était pas au courant mais que c’était une question à étudier. J’aime bien Rommes, je l’ai dit, alors je lui laisse le bénéfice du doute, me disant qu’il va faire remonter à l’ABBL le malaise qu’il a ressenti ce soir.

Mais ce malaise, justement, il est intéressant. Pourquoi les banques délaissent les prêts relais? Pour répondre à la question, il faut reprendre du début. Le but de la soirée, c’était de présenter une étude sur les prix des logements au Grand-Duché et de montrer que le pays ne connaissais pas l' »éclatement d’une bulle immobilière ».  Une bonne opération de com’ menée par AtHome. Il faut dire qu’un éclatement de bulle de ce genre entraine un chute des prix et incite les clients à attendre avant d’acheter. Ce n’est pas bon pour les professionnels du secteur.

for saleDonc chiffre à l’appui, le directeur d’AtHome montre que si les prix ont -un peu – baissé, il n’y a pas de quoi en faire un fromage. Mieux, depuis janvier, son site (qui est La référence pour trouver un logement à Luxembourg), enregistre un record de fréquentation. Les contacts ont aussi repris dans les agences immobilières. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes possibles.

Le problème, c’est que l’attitude des banques montrent qu’elles ne croient pas à ce discours. Si les prix ne baissent plus et que les acheteurs sont de nouveau là, pourquoi une banque hésiterait à faire un prêt relais à un vendeur, qui devient alors acheteur? Mais les banques ne veulent pas parier qu’un propriétaire vendra d’ici deux ans son logement à un prix qui lui permettra d’assumer l’achat un autre bien immobilier au prix actuel. Par manque d’acheteur et/ou parce que les prix vont continuer baisser pendant deux ans? Quelle que soit la réponse, ce n’est pas rassurant.

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