La crise, ce n’est pas que du virtuel (même au Luxembourg)

23 01 2009

arcelor-belval

N’en déplaise à Pujadas et Lagarde, le Luxembourg, ce n’est pas qu’une place financière et un paradis fiscal. Le plus gros employeur du pays, c’est ArcelorMittal. Ici, on produit toujours de l’acier: les pourtelles de la Freedom Tower qui est construite à Ground Zero sont fabriquées à Differdange (eh oui, il existe d’autres communes que Luxembourg au Luxembourg). Ici, on a de gros équipementiers automobile (le seul centre de R-D de Goodyear hors Etats-Unis est à Colmar-Berg).

Et ici, on est aussi touché par la crise réelle, celle qui fait fermer les usines.

Les demandes de chômage partiel ont explosé en décembre, après un premier bon en novembre. Sont touchés, ArcelorMittal, bien-sûr, qui a lancé le mouvement, et les gros équipementiers automobiles comme Goodyear et Dupont. Ces premières fermetures ont eu un effet boule de neige car ces gros employeurs font vivre de plus petits sous-traitants. La situation des entreprises est telle que le gouvernement, avec son pragmatisme habituel, change la loi sur le travail partiel avec des mesures exceptionnelles applicables en 2009.

Ca c’est le regard froid sur un phénomène économique et la réponse d’un pays. Je me suis aussi intéressée à la perception de cette crise par ceux qui la subissent, les salariés au chômage partiel. J’ai pu discuter avec trois d’entre eux dans trois situations différentes: un ouvrier a vu son rythme de travail – et sa fiche de paie – allégés depuis novembre, un deuxième croyait qu’il échaperait au chômage partiel, jusqu’à ce mois-ci, et le troisième est un employé d’un centre de R-D pour qui le chômage partiel n’a que peu d’effet sur sa fiche de paie. Ils ont parlé sous couvert d’anonymat et même si cela ne reste qu’un blog, je ne citerai pas leurs entreprises.

mains d'ouvriersCe qui m’a frappé, c’est leur solidarité avec leur entreprise face à la crise (ok, je n’ai rencontré personne d’ArcelorMittal, le discours aurait peut-être été différent). Tous les trois ont senti des efforts fait par leurs directions et le désarroi partagé face à un retournement brutal de la conjoncture à l’automne. A chaque fois, ils font état de carnets de commandes beacoup plus vide que ce que montrent les statistiques européennes. « Les inventaires, ça dure un temps mais quand il n’y a plus de travail il n’y a plus de travail. C’est tout », notait l’employé.

Deuxième point commun, la peur. Même celui dont la fiche de paie n’a pas trop souffert et qui me parlait d’un ton assuré, a commencé à flancher quand on a évoqué l’avenir. Dans une crise, la première étape, c’est le chômage partiel. La deuxième c’est le licenciement. Et ils ne pensent qu’à ça. « Moi ça va, j’ai une maison avec des travaux à faire. Je les avais repoussé maintenant j’ai le temps de les faire. Mais j’ai des collègues qui tournent en rond. Ils passent leur temps au café et ils psycottent », m’a raconté un des ouvriers. Quand on est au chômage partiel, on peut être rappelé à tout moment par son entreprise. Pas le droit de s’absenter plus d’une journée, pas de remède contre l’attente.

Et bien sûr, il y a l’effet sur la fiche de paie. Au Luxembourg, le chômage partiel est payé 80% du salaire. L’entreprise paie les deux premiers jours (plus précisément, les 16 premières heures) puis c’est l’Etat qui prend à sa charge le reste. Le chômage partiel ne peut dépasser 50% du temps de travail mensuel. Sur le papier, ça fait une baisse maximale de 10% du salaire. Mais pour les ouvriers que j’ai rencontrés, c’est pire. Les entreprises qui tournaient 7 jours sur 7 ont choisi d’appliquer le chômage partiel en réduisant la semaine de travail à 5, voire 4 jours. Ca veut dire fini les primes de week-end, de nuit ou autre. « Pour ceux qui avaient un budget serré, les fins de mois sont difficiles », m’assure un ouvrier.

Je leur souhaite de nouvelles commandes et un retour au travail. D’ailleurs, les services qui restent actifs, ce sont les services commerciaux, voire marketing. J’imagine la pression des salariés qui doivent trouver de quoi faire travailler leur collègues en ce moment…

La chambre des-députésPour revenir au chômage partiel, le gouvernement a donc modifié la législation mercredi dernier. Le régime que j’ai décrit plus haut est assouplit pour une période du 1er janvier au 31 décembre 2009. Ce qui change, c’est que l’Etat prend en charge dès la 9e heure le chômage partiel pour les salariés à temps partiel, ce qui met tout le monde à égalité. Et, surtout, la comptabilisation du chômage partiel est annualisé. Ca veut dire qu’une entreprise peut en théorie demander à fermer pendant six mois d’affilée. Vu que le gouvernement a modifié la loi après avoir consulté les industriels pour s’adapter à la conjoncture, ça veut dire que des entreprises ont – ou prévoit d’avoir – une activité en baisse de plus de 50% par rapport à un mois normal.

Surtout, dans l’évaluation des conséquences financières de la loi, le gouvernement précise « en partant de l’hypothèse que les demandes de chômage partiel se situeront pendant l’année 2009 au même niveau qu’au mois de décembre 2008, on peut supposer une charge mensuelle supplémentaire de 1,3 million euros à charge du fonds pour l’emploi ». Ca veut dire que le gouvernement estime que le recours au chômage partiel restera très élevé pour toute l’année 2009. Ce n’est pas rassurant.

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One response

16 03 2009
franchini

bonjour ;

pourquoi n’y a t-il pas un vaste plan de préretraite pour les gens a partir de 54 ans et ou 55 ans

merci

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