Le retour en grâce de la décroissance

16 01 2009

Un petite dépêche, reprise par le site des Echos signale que le Japan prize a été attribué mercredi à l’un des théoriciens de la décroissance, Dennis Meadows.

Le Japan Prize, le plus préstigieux prix japonais en matière de sciences et de technologie, récompense chaque année des « accomplissements originaux et exceptionnels (…) reconnus comme ayant fait avancer les frontières de la connaissance et servi la cause de la paix et de la prospérité de l’humanité » (traduction de wiki).

decroissance2

En pleine remise en cause d’un système capitaliste fondé sur toujours plus de « création de richesse » (ce qui assimile les biens et services à la richesse), c’est un prix dans l’ère du temps. Mais si la décroissance revient dans le discours économique et politique, il faut comprendre bien de quoi on parle. Qui sait vraiment ce que signifie cette fameuse décroissance?

Déjà, ne pas confondre: la décroissance, ce n’est pas la crise. C’est un autre système économique. Et ça ne peut pas se décréter pour « punir » des banquiers qui ont accumulé les boulettes.

J’ai entendu et lu en 2008 des « faiseurs d’opinion » parler de décroissance pour ne pas parler de récession. Un bon papier sur le sujet se trouve (je leur ai d’ailleurs pris leur illustration). Décroissance, c’est plus joli, plus écolo, plus bobo. Récession, ça plombe le moral. Ça nuit à une économie qui fonctionne à base de « prophéties auto-réalisatrices » (quand on martèle que tout va bien les gens croient alors que tout va bien et dépensent sans se soucier, ce que qui dope l’économie et tout va bien. L’inverse est aussi vrai).

decroissance3Mais cette crise, qui a conduit à une récession et qui risque de s’aggraver en dépression, comme dans les années 30, ça n’a rien à voir avec la décroissance. La récession est inhérente au modèle capitaliste actuel. Le système est cyclique, nous disent les économistes, entre deux phases de forte croissance, il y a des périodes de vache maigre. La plupart du temps, la croissance est alors atone. Là, elle est négative. D’ici dix ans, les historiens de l’économie nous dirons que 2008-2009 était le bas d’un cycle centenaire, tout comme l’était la crise de 29. La récession permet de purger le système. C’est violent, ça fait mal. Mais après, c’est reparti comme en 40!

decroissance21

La décroissance, c’est une remise en cause du système actuel. Le constat, fait dans les années 70 par le rapport Meadows, document fondateur du club de Rome, c’est que la croissance économique mondiale n’est pas soutenable à long terme. Elle a des effets dangereux sur l’environnement et se heurtera aux limites finies de la planète. Donc au bout d’un moment, le système est condamné à imploser, quand on aura détruit la planète et qu’on n’aura plus rien pour produire plus. Ce qu’on a gardé du club de Rome, c’est l’idée de développement durable. C’est aussi la base des mouvements politiques écolo.

Donc si la croissance n’est pas viable à long terme, il faut repenser le système. Le slogan des partisans de la décroissance, qui se décrivent comme « objecteurs de croissance »: « moins de biens, plus de liens ». Pour eux, il faut substituer l’équilibre à la croissance. Arrêter tout simplement de produire plus. Et en profiter pour dire bonjour à sa boulangère plutôt que d’acheter sa baguette dans le supermarché du coin.

Accepter totalement l’équilibre, ce serait une formidable révolution qu’aucun homme politique n’aurait le courage d’impulser. Il faudrait que tous acceptent de ne pas avoir globalement plus. Et que chaque génération se contente de ce qu’a eu la génération précédente. Et le problème, c’est que la société est profondément inégalitaire. Si Ben a 10 et Julie 100, Ben peut accepter la situation si on lui dit que, demain, il aura 12 (même si ça veut dire que Julie aura 120).

Une société d’équilibre suppose une société un minimum égalitaire alors qu’une société basée sur la croissance permet de faire accepter qu’il y ait des riches et des pauvres. Vive le communisme alors? Pas vraiment, le communiste, tel qu’appliqué en Russie, et dépendances, recherchait la croissance et a effroyablement pollué la planète.

decroissance4Les objecteurs de croissance ont quand même des solutions, ils ont aussi un site web. Ce sont des écolo qui privilégient les filières de production courtes et se demandent s’ils ont vraiement besoin de quelque chose avant de l’acheter. Mais d’ici à ce que tout le monde roule à vélo, achète sa nourriture dans une amap et se garde son jean jusqu’à sa belle mort et non jusqu’à la prochaine période de soldes…

Publicités

Actions

Information

3 responses

18 01 2009
Jérôme

Ma foi… Tout cela fait rêver… Et renvoi à un dossier publié il y a quelques temps par le courrier international, dans lequel des économistes rêvaient le monde de dans un demi siècle, où l’on aurait appliquiée ces principes de décroissance et de VRAI développement durable… Pour l’instant, cela reste utopique, surtout en raison des enjeux politiques et de l’irresponsabilité des dirigeants actuels de ce monde… Mais jusqu’ici, ce sont les utopies qui ont fait avancer le monde, alors pourquoi pas une planète qui respire mieux un de ces jours…

17 11 2009
Yannick

Bonjour,

Tout d’abord, je n’ai pas compris la différence entre décroissance et récession. Dans les faits, les deux reviennent au même : c’est le fait de produire moins de richesses que l’année précédente.

Ensuite, je ne vois pas l’intérêt de stopper la croissance. Cette préconisation revient à confondre croissance et pollution ou croissance et épuisement des ressources naturelles. Ceci suppose implicitement qu’une croissance avec une pollution modérée est impossible par exemple, ce qui est faux comme le prouvent les données les plus récentes disponibles ainsi que les modèles théoriques existants.

Pour voir ce qu’implique la décroissance, il faut comprendre ce qui fait la croissance. Très majoritairement, c’est l’innovation et le progrès technique. Donc, la décroissance, ça consiste à être volontairement moins efficace dans la production. Par exemple, je peux provoquer de la décroissance dans mon métier de prof en faisant exprès de perdre du temps. On peut également provoquer de la décroissance en ralentissant les chaîne de production ou en détruisant des magasins, des usines, etc… Ceci me semble complètement absurde.

Pour finir, je trouve que les partisans de la décroissance partent un peu trop rapidement du principe qu’on vit dans un excès de biens matériels. Je les invite vivement à examiner la situation de l’Afrique qui, au regard des critères des partisans de la décroissance, devrait être un paradis.

18 11 2009
misala

Déroissance et récession sont bien deux concepts différents: l’un remet en cause un système économique basé sur la croissance comme fin et non comme moyen, le deuxième est un épisode difficile mais naturel du système économique actuel.
Je ne confonds pas croissance et pollution, par contre, vous confondez pollution et épuisement des ressources. Utiliser de l’eau n’est pas polluant, mais si vous habitiez dans une zone en voie de desertification vous sauriez que c’est une ressource épuisable.
Si vous ne voyez pas l’intérêt de stopper la croissance économique, je ne voit pas l’intérêt de l’encourager, du moins à un rythme plus important que la croissance démograpique. Si on devait tous adopter le mode de vie des Américains, les ressources actuelles de la planète ne suffraient pas. Cette image est galvaudée mais à long terme est elle plus que vraie.
L’idée n’est pas de retourner à l’âge de pierre mais de réflechir à ce dont on a besoin et de consommer mieux. La décroissance, ce n’est pas ne rien consommer, c’est acheter durable. Est-ce qu’il faut vraiment changer de téléviseur tous les 3 ans, de téléphone portable tous les ans? Pourquoi est-ce qu’on pense que ce sont les biens que l’on possède qui définissent notre identité?
Quant à votre comparaison avec l’Afrique, elle est juste démagogique. Je ne peux que vous rappeller que pour satisfaire les besoins de consommation à outrance, on offre aux consommateurs des pays riches des produits à coût comprimés. Si acheter un bien d’équipement n’était pas un loisir mais un acte exceptionnel, il serait réfléchi. Et les consommateurs s’intéresseraient peut-être plus au mode de production de ce qu’ils achètent.
Personnellement, j’ai du mal à accepter que mon argent serve à maintenir au plus bas des conditions de travail et de vie. Même si ça se passe dans un pays à l’autre bout de la planète que je ne connais pas.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :